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Tribune de Stéphan BEAUGE sur les rythmes scolaires

Au-delà des rythmes scolaires, imaginons, avec les enseignants et les parents d’élèves, une école qui n’existe pas encore

Intérêt de l’enfant et recommandation des chronobiologistes ne font pas toujours le poids face aux contraintes de la vie quotidienne et aux habitudes. Et même si les parents (que nous sommes) souhaitent donner la priorité au rythme de l’enfant afin que cela favorise ses apprentissages à l’école maternelle ou élémentaire, il reste difficile de concilier vie professionnelle et vie personnelle.

Un goût amer…

Cette « réforme » des rythmes scolaires a un goût amer pour les enseignants dont le statut, les missions, ne seront pas revalorisés alors même qu’ils sont les « générateurs » de l’école. De même, les parents craignent-ils de voir leur organisation personnelle et professionnelle chamboulée.

Des financements incertains…

Les pouvoirs publics peuvent-ils s’affranchir de la réalité financière ? A commencer par l’État, qui n’est pas en mesure de financer la totalité de ce projet alors que Bruxelles annonce une presque récession en France et un déficit public de 3,7% du PIB.

Quant à la CNAF (Caisse Nationale d’Allocations Familiales) pourra-t-elle financer les activités périscolaires à la hauteur des besoins ? Quelle sera la facture à payer pour la mise en place de nouveaux transports par les Conseils Généraux (800 000 euros pour le CG 44) ? Combien devront dépenser les communes pour accompagner cette nouvelle réforme ? (Localement, La Limouzinière estime la dépense entre 60 000 et 80 000 euros ; Pont St Martin et la Chevrolière estiment la dépense à près de 90 000 euros).

L’AMF (Association des Maires de France) évalue le coût de la réforme à 150 euros par enfant et par an, soit 600 millions d’euros pour les 36 000 communes de France ; l’État pourrait verser 250 millions d’euros … on est donc loin du compte ! D’autant que le gouvernement de Jean-Marc Ayrault vient d’annoncer que les dotations globales de l’État aux collectivités locales vont baisser de 3 milliards d’euros en 2014 et 2015…

Une réforme inachevée…

Au-delà des chiffres, ce goût d’inachevé se confirme par le refus de débattre de sujets qui y sont liés intimement comme la réduction des vacances d’été qui semble pourtant un élément déterminant de ce projet. En effet, les écoliers français ont des journées les plus chargées d’Europe (6h) et ce, notamment, parce que leur année scolaire est aussi la plus courte (144 jours au primaire, 178 jours au secondaire, contre 187 jours en moyenne dans les pays d’OCDE). Éluder cette question, n’est-ce pas finalement tuer la réforme des rythmes scolaires dans l’œuf ? Ne faut-il pas commencer à redonner la priorité à l’école maternelle et élémentaire qui demeure le parent pauvre de l’Éducation Nationale ?

Les enseignants oubliés…

Il serait logique qu’avec ce changement la question de la rémunération des enseignants du premier degré soit traitée, non pas de manière conjoncturelle, mais de manière structurelle ; en liaison avec une refondation de leur statut et de leurs missions. Il faut peut-être commencer par leur faire confiance…Ce sont eux les praticiens au quotidien.

S’interroger…

Ce débat ne devrait-il pas être également l’occasion d’aborder des questions importantes :
- La définition d’un projet éducatif global
-  Le nombre d’élèves et donc d’adultes par classe
-  Le contenu des programmes
-  La nature des activités dites « extrascolaires (artistiques, sportives…)
-  La différenciation des rythmes des enfants des écoles maternelles et primaires
-  L’école à 2 ans
-  L’attractivité du métier d’enseignants perçu, à tort ou à raison, comme stressant, difficile et peu rémunérateur pour beaucoup de jeunes
-  Le passage du rythme de l’école au collège etc.

Sénèque écrivait « ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles ».

Les enfants d’abord…

Aussi, osons dire que cette « réforme » des rythmes scolaires est inachevée, osons aborder les questions fondamentales de l’école, osons l’humilité en admettant que 2014 serait plus raisonnable que 2013, afin que les questions soient traitées par tous en profondeur et non de manière superficielle… Au-delà des rythmes scolaires, imaginons, avec les enfants, les parents d’élèves et les enseignants, une école qui n’existe pas encore.

Stephan BEAUGE, Conseiller Général du Canton de Saint Philbert de Grand Lieu