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Tribune de Laurence GARNIER

TRIBUNE DE LAURENCE GARNIER DANS VALEURS ACTUELLES « AYRAULT, L’HOMME DU PASSE »

Facétie de l’histoire politique, Jean-Marc Ayrault, qui a construit sa carrière sur les mandats municipaux (à Saint-Herblain puis Nantes de 1989 à 2012), a dû son éviction du Gouvernement aux élections municipales, calamiteuses pour la gauche, de 2014. Le documentaire « Mon père ce Ayrault » réalisé par Elise, sa fille, et diffusé le 13 avril sur France 3 capte les derniers instants de l’édile nantais au sommet et son retour penaud vers la plaine ligérienne. La performance singulière de ce documentaire est d’avoir réussi, tout en pénétrant dans l’intime, à ne curieusement rien livrer de personnel, comme si aucune dimension intérieure ne venait habiter ce masque de cire. Sans parvenir à se forger une mythologie du personnage, le citoyen se résoudra donc à postuler que Jean-Marc était un brave homme du commun appelé trop vite à des fonctions écrasantes pour sa stature. Un serviteur de l’Etat incarnant la loyauté poussée à l’extrême, la vertu rachetant l’inefficacité.

Elue nantaise depuis 2008, alors qu’Ayrault était maire et président d’agglomération, j’ai une vision de l’homme politique bien différente, mais pas plus flatteuse, de celle façonnée par le film et instillée dans la mémoire des Français. Je me suis beaucoup interrogée, lorsque j’ai conduit la liste de la droite et du centre pour la campagne des municipales 2014, sur les raisons de sa longévité à Nantes et en Loire-Atlantique. Un sondage commandé par mon équipe à l’agence Polling Vox a du reste révélé qu’Ayrault bénéficiait de 63% d’opinion favorable auprès des Nantais alors qu’il plafonnait à 25% au niveau national (fév. 2014). Il m’a alors fallu pénétrer plus avant dans la compréhension du système Ayrault. Au-delà de son action pour accompagner la désindustrialisation et la perte de notre identité portuaire entamées dans les années 80, il y avait sûrement autre chose à décrypter.

Tout d’abord, il convient de noter que Jean-Marc Ayrault n’a jamais été élu avec 50% des voix des électeurs nantais, malgré des résultats qui semblent éclatants si on n’y prend garde. Notre ville se place en effet très souvent dans le haut des villes abstentionnistes, avec en moyenne 10% de plus que la moyenne nationale. Cette atonie démocratique qui frappe depuis 25 ans est peut-être l’effet d’une politique pseudo participative qui a écœuré le citoyen et d’un autoritarisme qui laissait peu d’espace aux adjoints du Maire et à ses partenaires politiques. Parce que oui, tel est le revers de ce profil de médaille. Le malaise s’est répandu en 2008 jusqu’aux adhérents PS, auxquels il a été demandé de signaler dans les associations « la présence d’opposants notoires à la municipalité » (sic). Il faut dire que la municipalité a toujours veillé de très près au « dynamisme de ce tissu associatif » par une politique de subvention « volontariste », c’est-à-dire en lui consacrant deux fois plus de financement que la moyenne des villes françaises ! Cette redistribution de l’argent public s’est montrée tout aussi prodigue sur le plan de l’habitat avec la construction de plus de 25% de logements sociaux, taux bien supérieur aux obligations légales de l’époque. Tant et si bien que Nantes, sixième ville de France, possède avec Nantes Habitat le deuxième office HLM du pays. Mais au-delà de la mise en place d’un « système », phénomène relativement classique dans les grandes villes tenues trop longtemps par la même équipe, ce que nous avons le plus à craindre de Jean-Marc Ayrault, ce sont les retombées à terme des pratiques mises en place pour durer. Après des années 90 dynamiques, nous vivons sur nos acquis depuis presque 15 ans, l’attractivité de Nantes étant rentrée dans la moyenne, notre université perdant de son rayonnement et notre taux de chômage, historiquement bas, progressant de mois en mois. Le cosmétique semble avoir depuis lors remplacé les grands projets structurants qui souffrent d’une absence de cap et de volontarisme politique. Comment expliquer autrement que l’ambition affichée sur l’aéroport de Notre-Dame des Landes ne se soit pas concrétisée, alors que Jean-Marc Ayrault a détenu pendant 24 mois quasiment tous les pouvoirs, de la ville de Nantes au Gouvernement, en passant par la Région et le Conseil général ? Impuissance politique, souci d’équilibres électoraux ou posture d’attente délibérée ?

Autre question cruciale, le rôle régional de Nantes. Comment prétendre faire de Nantes la capitale des Pays de la Loire tout en faisant liste commune avec l’Union Démocratique Bretonne, ce qui laisse, là aussi, une impression d’entre deux qui ne favorise pas l’action ? Pour sa succession, l’édile nantais a fait confiance à deux professionnels du système Ayrault : Pascal Bolo, homme-lige du système depuis des lustres, premier adjoint à la ville et vice-président de Nantes Métropole, et Johanna Rolland son ancienne assistante parlementaire, élue dans une continuité soporifique ; il fallait que surtout rien ne change, à part l’image…

Dans le contexte d’étranglement financier des collectivités territoriales, il n’est pas certain que Johanna Rolland (une professionnelle de la politique pour diriger une ville qui a été industrielle et commerçante, c’est savoureux) parvienne à piloter le bateau nantais en appliquant les mêmes méthodes que son mentor. Subvention à outrance, fiscalité folle et densification urbaine massive au profit des logements sociaux, toutes ces recettes appartiennent au passé. On peut gérer dans la durée une ville en distribuant les recettes fiscales ; mais il faut aux responsables publics, dans des temps comme les nôtres, des qualités autrement éminentes que la combine pour gouverner. Ayrault, homme du passé, aurait dû emporter avec lui ses vieilleries. Rolland, docilement coiffée du joug de ses maîtres, avance hélas pour l’heure dans la même ornière.