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Manifestations violentes

INTERVENTION D’ANDRE TRILLARD

Dans le désordre, il n’y a pas de démocratie

Lors des questions d’actualité au gouvernement du mardi 3 mai 2016, le Sénateur André Trillard a interpellé Monsieur Bernard Cazeneuve, Ministre de l’Intérieur concernant l’Autorité de l’Etat mis à mal par des semaines de manifestations violentes.

Alors que le gouvernement entend faire croire à l’opinion publique que son bilan est positif dans tous les domaines et que la « France va mieux », André Trillard a tenu à remettre en cause cette vision idyllique et erronée de la réalité. Une réalité qui touche durement nombre de français.

« Il n’y a plus un jour sans que des dégâts inacceptables ne soient commis sur la voie publique. Des agressions inadmissibles qui ont valu une hospitalisation en urgence à un fonctionnaire de police. A Nantes, les casseurs Zadistes du centre-ville brûlent des voitures. Les commerçants sont terrorisés….Avez-vous pensé un instant à ce que vivent toutes les nuits les riverains ?

Vous soumettez le personnel de police et de gendarmerie à une situation intenable. Ils subissent, avec ordre ne pas intervenir, insultes, crachats et violence.Vous mettez quotidiennement leurs nerfs à l’épreuve, après des mois d’extrême tension liée à l’état d’urgence. Les français attendent d’être protégés et les fonctionnaires d’être dirigés d’être dirigés. L’Etat n’a plus aucune autorité dans un pays où le laxisme invite à toujours plus de violence.

Quand allez-vous cesser de prêcher les bons sentiments pour prendre la mesure des choses ?

Quand allez-vous rétablir l’autorité de l’Etat ? »

Le Ministre de l’Intérieur a estimé, quant à lui, que la gestion des différentes manifestations au cours desquelles des manifestants et des éléments des forces de l’ordre ont été blessés ne devait souffrir d’aucun reproche. Les commerçants touchés, les riverains, et les victimes de ces manifestations apprécieront.

André TRILLARD, Sénateur de Loire Atlantique


TRIBUNE DE LAURENCE GARNIER (1) – 28 AVRIL 2016

parue dans Valeurs Actuelles

Les images et la bande-son du film Apocalypse now surgissent de nouveau dans ma mémoire. Les pales d’hélicoptère bourdonnent au-dessus de Nantes pour la énième fois depuis deux mois. Depuis deux mois, plus que toutes les grandes villes françaises, Nantes est le théâtre de manifestations et de violences répétées : 10 journées de « mobilisation » contre la loi El Khomri entre le mercredi 9 mars et le jeudi 28 avril.

Les opposants à la loi El Khomri sont fondés à faire usage de leur liberté d’expression et de rassemblement, même si l’on s’interroge forcément sur la signification et la traduction concrète de ce fameux état d’urgence. Il est simplement terrifiant de constater les conséquences de ce mouvement. Le centre-ville est frappé de stupeur une fois par semaine devant le spectacle de l’impuissance publique. Un jour sur quatre, les Nantais n’ont pas accès à leur centre-ville. Un jour sur quatre, les commerçants sont priés de ne pas gagner leur vie. La ville bloque sa respiration au passage du cortège des manifestants : le droit sacré à manifester est inviolable, quelles qu’en soient les conséquences prévisibles. Le magasin GoSport du quartier Bretagne a été vandalisé par une soixantaine de casseurs en marge de la manifestation du 5 avril. Le pillage aura duré une vingtaine de minutes devant des clients et des employés terrorisés. Les forces de l’ordre mobilisées ce jour-là ont mis en œuvre une riposte tardive et plus que mesurée, réservant leur déploiement pour les atteintes aux personnes, les atteintes aux biens étant considérées comme secondaires dans ce genre de contexte. Chacun aura tiré la leçon que le commerce et les biens ne sont pas défendus lorsque la violence atteint un certain seuil.

Je fais bien la différence entre un manifestant et un casseur. L’un a la liberté d’expression pour lui, l’autre le laxisme de l’État. Il se trouve que le laisser-faire de notre démocratie bénéficie à Nantes d’un terrain particulièrement favorable. Alors que la loi impose depuis 1955 de déclarer les manifestations et les parcours en préfecture, l’usage nantais est de se dispenser de cette formalité. Il y là une anomalie historique que personne ne dénonce, surtout pas le maire de Nantes dont le silence vaut complicité et responsabilité. Le préfet ne serait-il pas plus respectueux du droit si le maire l’exigeait lui-même pour sa ville ?

Le climat d’impunité qui règne à Nantes est extrêmement inquiétant. On voit ici ou là apparaître des appels à la délation sur les réseaux sociaux. Le citoyen n’a pourtant pas à se faire justice lui-même. Mais que se passe-t-il lorsque l’État manque à sa mission de protection de l’individu ? Le contrat social rompu laisse place au sauve-qui-peut. A la différence de la Ville, de nombreux commerces ont mis en place des systèmes de vidéoprotection… que les services de police sont bien contents d’utiliser pour résoudre des enquêtes. Un indice que ça commence vraiment à chauffer : la préfecture indiquait il y a quelques jours à la presse que les forces de l’ordre ne pouvaient pas faire correctement leur travail en l’absence de vidéoprotection dans cette ville.

Le Groupement des restaurateurs et cafetiers demandait l’interdiction de la manifestation de ce jour. Devant la faiblesse de la réponse de la préfecture, la CCI s’est vue contrainte d’engager les commerçants à se barricader. Je confirme que Nantes, cachée derrière les planches de contreplaqué apposées sur les vitrines, était ouverte aux manifestants et aux casseurs mais fermée à M. et Mme Toulemonde.

A Nantes nous constatons de manière aiguë la crise générale de la souveraineté qui frappe le pays. Cette crise est entretenue par la pensée de gauche qui n’accepte l’intervention de l’État que lorsqu’elle se traduit en libéralités à l’égard des collectivités et associations. Pendant des années, Jean-Marc Ayrault a favorisé les mouvements d’extrême gauche plus ou moins colorés de vert. Aujourd’hui, ces groupuscules bénéficient d’une audience sans rapport avec leur poids politique réel, faisant de Nantes la capitale française de la contestation anti-gouvernementale. La gauche locale (maire y compris) conteste et contredit en permanence les messages de son propre gouvernement : loi Travail, loi Macron sur l’ouverture des commerces le dimanche, référendum sur Notre-Dame des Landes, déchéance de nationalité, tout y est passé. Les élus de gauche contribuent ainsi activement au discrédit des autorités du pays.

Notre ville pâtit sans doute aussi de sa proximité avec le sanctuaire anti-étatique de Notre-Dames des Landes. Qui dira que des photographes de presse se mettent en arrêt maladie pour ne plus aller se faire taper dessus dans la zone de non-droit ? Qui pointera du doigt les problèmes que poseront tôt ou tard les naissances sans état civil (et les décès non déclarés) qui ont régulièrement lieu dans cette enclave ? A l’occasion des 180 ans de la mort de Rouget de l’Isle, l’année 2016 est consacrée, selon le vœu de François Hollande, à la célébration de notre hymne national. La belle affaire que de célébrer l’hymne quand la souveraineté nationale est elle-même piétinée quotidiennement ! Car les deux éléments qui fondent a minima la souveraineté d’un État sont sa sécurité extérieure et sa sécurité intérieure.

Le collectif « Touche pas à mon centre-ville » mobilisé pour protéger les commerces et le mobilier urbain du saccage a vite été taxé d’extrême-droite au motif qu’il s’apprêtait à faire usage du même droit à manifester que le camp d’en-face. Je ne connais pas les instigateurs de ce mouvement mais rien ne fonde l’accusation d’extrémisme à en juger par son compte Facebook. Nul appel à la haine contrairement au mouvement constitué en réponse et intitulé noblement « Touche pas à ma révolte ». La manifestation prévue le 30 avril à l’appel de « Touche pas à mon centre-ville » a été annulée par le collectif afin de ne pas dresser des barricades camp contre camp dans les rues de Nantes. Je note que les instigateurs du mouvement, par refus de l’escalade et par cohérence avec leur volonté de préserver la ville, sont capables de renoncer au droit sacré à manifester. En situation de guerre, une ville est déclarée ouverte par les belligérants quand ils décident de la rendre sans combat pour la sauver de la ruine.

La manifestation de ce 28 avril laisse derrière elle un nouveau tag évocateur sur un mur du Cours des Cinquante otages : « L’état n’est plus rien, SOYONS TOUT ». Cette profession de foi subversive a le mérite de la clarté et de la synthèse. Significativement, le mot État y est amputé de sa majuscule. ■

Post scriptum : Précision épigraphique pour les Nantais qui ne connaîtraient pas le sens de l’acronyme anglais ACAB que l’on voit fleurir sur nos façades depuis deux mois : « All cops are bastards » (« Tous les flics sont des salauds »).


(1) Laurence Garnier est vice-présidente (LR) de la région Pays de la Loire et chef de file de l’opposition nantaise.