UMP 44

ACCUEIL > Intervention de F. PINTE en session le 8 novembre

Actualités

Intervention de F. PINTE en session le 8 novembre

Monsieur le Président, Mes Chers Collègues,

Vous nous invitez aujourd’hui à discuter de votre stratégie pour notre horizon à 2040.

Avec mes collègues de l’opposition nous nous sommes interrogés sur la pertinence de participer à un tel débat tant il nous parait éloigné de la situation dramatique que traversent tant de nos concitoyens au moment même où nous débattons.

Oui, comment ce débat peut-il être perçu par les salariés de STX, de Technicolor, de Forège, de Candia, de Baudet, d’Alcatel, de Gad, de Waterman, d’Arcellor Mittal ?

Que diraient, dans notre pays frappé de plus de 1000 plans sociaux en un an, les salariés de Fagor qui sont sous la menace de licenciement ou l’un des 1,2 millions de Français qui vont pour la première fois payer l’impôt sur le revenu.

Que peuvent-ils bien penser de leurs élus régionaux réunis ce matin ?

Oui, que diraient-ils de cette réunion qui est, ouvrons un instant les yeux, à mille lieues de leurs préoccupations actuelles. Ces préoccupations, je n’ai pas besoin d‘être arrogant, vous les connaissez comme moi :

-  Aurais-je encore mon emploi dans 6 mois ?

-  Comment vais-je finir le mois ?

-  Mon enfant va-t-il trouver du travail après ses études ?

-  Ma formation de reconversion va-t-elle me permettre de retrouver un emploi pour faire vivre dignement ma famille ?

-  Mais aussi pourquoi est-ce que je paie toujours plus d’impôts ?

-  Les élus font-ils enfin attention à la dépense publique ?

-  Chaque euro dépensé est-il vraiment utile ?

Si la prospective est utile, nécessaire et fait partie du rôle de l’élu, elle ne méritait certainement pas tout ce tintouin !

Ne pas se rendre compte de cela, ne pas l’admettre en prenant simplement un petit peu de recul, et ne pas avoir corrigé le calendrier et la forme de la présentation de votre schéma, que nous aurions pu aborder à l’occasion d’une Commission Permanente ou de notre dernière session dénote un peu plus, j’ose le dire, votre déconnection du monde réel. Vous jouez de la musique en plein incendie de Rome !

Oui une session extraordinaire tous les mois, si vous le voulez et s’il le faut, pour adapter nos outils face à la crise, car l’heure est à l’urgence à afficher des élus des collectivités totalement mobilisés pour le combat du chômage et la baisse des coûts et des charges des entreprises et des impôts des particuliers mais non pour disserter sur la région à l’horizon 2040 qui a quelque chose d’indécent j’ose le dire à cette rencontre.

Indécent aussi d’apprendre, au travers du rapport d’orientation budgétaire que nous venons de recevoir que vous vous apprêtez à augmenter à nouveau le prix des cartes crises et à maintenir à son taux le plus élevé les 2 TIPP sur lesquelles vous avez la main.

Vous êtes aussi sourd au ras le bol fiscal qui gronde un peu partout sur le territoire. Et sans doute Monsieur Auxiette êtes-vous le dernier à ne pas l’avoir entendu en continuant à dépenser comme avant.

2040, c’est dans 27 ans ! Au moins auriez-vous pu prendre un horizon plus vraisemblable, plus parlant, plus acceptable. Pourquoi pas 2050, 2100 pendant que vous y êtes ! Même vos amis du gouvernement n’ont pas osé cette imprudence en réfléchissant cet été à la France de 2025.

Le Sénat dans ses ateliers de réflexion prospective se pose la question "quelle France dans 10 ans" ? Les grandes régions (PACA, Ile-de France) réfléchissent à 2030. La Loire-Atlantique, Nantes aussi. Et nos amis bretons en font tout autant. Il est d’ailleurs dommage que nous ne nous soyons pas associés à eux pour cet exercice, ce qui aurait ouvert le chemin à la préfiguration du grand-ouest. Réfléchir à 2030 nous aurait au moins permis de nous appuyer sur de nombreux travaux. J’en cite quelques un dont aucune trace n’a pu être relevée dans votre document.

Quid de l’impact en Pays de la Loire des 34 plans de reconquête de Monsieur Montebourg pour dessiner la France industrielle de demain ?

Quid de notre inscription dans les 7 priorités où la France peut créer des leaders mondiaux définies par Anne LAUVERGEON, Présidente de la Commission Innovation 2030 installée par François Hollande ?

Quid de la déclinaison des travaux des instances de l’Etat chargés de prospective : la DATAR et le Commissariat Général à la Prospective ?

Le seul élément repris de toutes ces compétences est la projection démographique de l’INSEE : les Pays de la Loire compteront 900 000 habitants supplémentaires en 2040, dans 27 ans, c’est l’axe 3 de votre document. Mais l’INSEE ajoute une condition importante totalement oubliée dans votre texte : "Si les tendances démographiques observées sur la période récente se maintiennent". Et c’est bien tout le risque d’une prospective sur un aussi long délai.

Puis je me permettre pour illustrer mon propos de rappeler quelle était la situation il y a 27 ans en 1986 ?

Le TGV atlantique n’existe pas. Le téléphone portable non plus. Le minitel ne laisse pas imaginer Internet. Les microprocesseurs ne seront d’ailleurs inventés que 4 ans plus tard et le 1er câble en fibre optique attendra encore 2 ans.

Bon, j’en conviens, on parlait déjà de Notre-Dame-Des-Landes il y a 40 ans, mais stupéfaction, vous ne l’évoquez pas une seule fois ! C’est vous dire combien le monde change si vite que c’est illusion que de vouloir se projeter trop loin.

On mesure bien la difficulté de l’exercice. C’est peut-être pour cela que vous avez déployé tant d’énergie pour une vaste et coûteuse opération de communication plutôt que pour une réelle étude prospective. Rien n’est scientifique dans la méthode utilisée et donc tout est sujet à caution. Permettez-moi de prendre un exemple. Vous avez parcouru le territoire régional en organisant 16 "ateliers du futur". 1500 ligériens s’y sont rendus selon votre rapport. J’ai fait le compte des participants aux 15 ateliers qui se sont tenus (celui de Saint-Nicolas-de-Redon prévu le 4 avril a été annulé) sur la base des comptes rendus que vous avez publié sur Internet. Le total ne s’élève qu’à 1142 participants. Et je pense qu’il y a quelques personnes comptées "à la louche" car plusieurs fois le compte tombe rond : 100 personnes !). Peu importe : 1142 ce n’est pas 1500. Et on n’est pas encore dans la prospective, juste dans l’addition du réel !

Encore un exemple. Vous avez présenté votre travail à l’occasion de la Journée de la Gouvernance de l’Economie Régionale le jeudi 10 octobre dernier. Le document de synthèse présentant le texte stratégique " Pays de la Loire 2040" y figurait. Y compris les citations des différents "publics citoyens" dont les 300 agents et élus régionaux (on n’est jamais si bien servi que par soi-même). Nous nous sommes livrés à un exercice méticuleux de lecture de ces citations qui apparaissent dans la marge de votre document. J’y retrouve mot pour mot la citation suivante "à l’horizon 2040, on peut espérer avoir une sorte de capital formation pour chacun, jeune ou adulte". Mais devant les forces vives de l’économie régionale, cette citation page 3 est issue de la "contribution des agents régionaux". Pourtant dans le document d’aujourd’hui (page 8), elle a été exprimée par les participants à l’atelier du futur du Mans. Un autre exemple : page 5 du document présenté aux décideurs économiques "il faut mieux valoriser les atouts culturels et patrimoniaux inexploités des territoires" disent les agents territoriaux. C’est bizarre, aujourd’hui, page 11, ce sont les participants à l’atelier du futur de Saint-Jean de Monts qui ont dit "exactement la même chose le 18 mars dernier.

J’ai trouvé 5 exemples de ce type. Prospective, peut-être ? Manipulation sûrement.

Il m’est impensable de croire à une faute de plume, Monsieur le Président. Vous avez dû apprécier le travail de la haute fonctionnaire régionale qui a adressé ce document aux forces économiques puisqu’elle travaillait auparavant à votre cabinet. Si les citations n’étaient pas pertinentes, elle ne les aurait simplement pas fait figurer dans le document.

Tous ces exemples alimentent le doute et jettent le discrédit sur votre démarche, s’il s’agit de prospective. Mais nous le savons, la vraie finalité de tout cela n’est qu’une une nouvelle opération de communication !

D’autres régions, peut-être réellement empreintes du souci d’efficience de la dépense publique ont couplé la démarche prospective avec l’élaboration d’un schéma régional d’aménagement et de développement durable du territoire, le SRADDT. C’est le cas de l’Ile de France.

En Pays de la Loire, nous avons adopté le SRADDT le 26 juin 2008 et un an plus tard, en juin 2009 l’agenda 21 régional. Ceux-ci, destinés à une perspective à 20 ans, sont assortis d’outils prospectifs de suivi et d’ajustement.

Il est dommage d’arriver au constat d’un exercice coûteux conduit 2 fois. D’autant que rien dans le document Pays de la Loire 2040 ne fait référence aux travaux du SRADDT et de l’agenda 21.

Voilà pour la méthode. Mais il manque aussi au fond plusieurs aspects à votre document.

J’ai bien retenu votre slogan : "Les énergies nées de la mer ont choisi leur terre d’accueil : les Pays de la Loire". Il est dommage que vous n’en ayez pas informé le Président de la République qui est allé le 30 septembre dernier donner le coup d’envoi officiel du développement d’une, je cite, "prometteuse filière française de l’énergie hydrolienne"…en Normandie.

Votre document 2040 promet pour… 2050 de diviser par 4 nos émissions de gaz à effet de serre et de diviser par 2 la quantité d’énergie consommée. Il faut être clair. Prônez-vous la décroissance, pour faire plaisir à vos provisoires amis écologistes ?

Sinon, n’oubliez-vous pas un aspect majeur des énergies renouvelables : leur débit irrégulier ?

En effet, imaginons-nous en 2040. Nous produisons, selon votre hypothèse, en moyenne autant d’énergie dans notre région que nous en consommons. Cela ne signifie pas que les pics de consommation sont couverts à tout moment par la production.

Il y a des jours sans vent, sans soleil. Aucune étude sérieuse ne permet d’imaginer pour 2040 de se passer d’énergie électronucléaire. Il y a donc pour le moins de l’hypocrisie à oublier que notre région dépende de ses voisines qui disposent de centrales électriques. Non, notre région ne peut être autonome en matière d’énergie ! Pas plus d’ailleurs que notre Pays.

Nous croyons nous que, pour reprendre votre texte, je cite : "le mouvement de désengagement national attendu sur le nucléaire", restera encore attendu en 2040 par les écologistes. Nous croyons que l’EPR de Normandie fonctionnera et même qu’il aura des frères jumeaux de l’autre côté de la Manche.

Nous pensons aussi que l’exploitation du Gaz de Schiste ne sera pas, je cite, le "mirage" que vous proposez d’écarter. Mais au contraire, comme le propose Anne Lauvergeon, présidente de la commission innovation 2030 que je citai il y a quelques instants, "nous aurons sur ce sujet équilibré le principe de précaution par un principe d’innovation" !

Le monde de 2040, dans l’ilot "Pays de la Loire" que vous décrivez est aseptisé : pas de révolte (même pas contre l’impôt), pas d’insécurité (il faut le dire à Manuel Valls qui préparait la police 3.0 pour 2025), pas de concurrence acharnée entre les pays ou les territoires, pas de volonté de pouvoir ou de domination. Ainsi les mots Ile-de-France, Poitou-Charentes ne figurent pas dans votre document. La Bretagne n’y est citée que marginalement. Le mot Rennes est absent de votre document ! C’est bien dommage et j’ai dénoncé tout à l’heure ce rendez-vous manqué d’une démarche commune.

La question centrale est absente de votre prospective : emploi, santé, énergie, habitat, transports, dans quel monde vivrons nous ?

Concrètement, et je ne doute pas que ce soit les préoccupations des habitants de notre région, les chantiers navals seront-ils encore présents à Saint-Nazaire ? L’aéroport Notre-Dame-des Landes, absent de votre rapport, sera-t-il opérationnel ? La liaison rapide Nantes-Rennes, non citée, constituera-t-elle la grande agglomération de l’ouest reliée par un train rapide ? Nos universités existeront-elles encore sous leur forme actuelle dans la concurrence exacerbée par les nouvelles technologies, et en particulier les Massive Online Open Courses, les MOOC ? Nos centres de recherche seront-ils compétitifs et donc reliés à tout le territoire par le très haut débit ? Je note que vous ne reprenez même pas l’engagement du Président de la République de l’accès au très haut débit de tous les ligériens pour 2040 ! Plus prosaïquement, de nouveaux franchissements de la Loire seront-ils construits ?

Rien donc sur l’aménagement du territoire pourtant sujet le plus certain en terme de prospective.

Nous serons-nous adaptés ou serons-nous toujours en crise ?

Un peu de prospective budgétaire n’est pas malvenue.

La politique emploi formation professionnelle et métiers de demain représente déjà 10% du budget régional. Et nul ne propose de diminuer cette politique. Les transports représentent déjà près de 20% du budget. Et les trains qui vont être commandés cette année rouleront encore dans 27 ans ! L’éducation et l’apprentissage, avec déjà près de 30% du budget régional, constituent aussi une politique en hausse, notamment avec les constructions de lycées dont, là aussi, l’effet de trainée des programmes s’exercera encore en 2040.

Les politiques de développement économique, recherche, enseignement supérieur, représentent 12% du budget, Les frais de personnel représentent 130 millions soit près de 10% du budget régional.

Voilà ainsi fléchés plus de 90% du budget régional. Et je n’ai pas parlé des projets autoroutiers, pas plus que du financement du franchissement de la Loire ou de l’entretien des réseaux ferroviaires. Le Stock de Dette de notre région est passé de 284 millions en 2004 à plus d’un milliard en 2012 ! Poursuivre une telle hausse de la dette ne peut être qualifié de durable ou de soutenable !

La question qui nous occupera de façon lancinante d’ici 2040 n’est donc pas d’opérer des arbitrages entre les différentes politiques régionales, mais bien de supprimer certaines politiques non obligatoires et de contenir celles que la loi nous confie.

Cela passera par une redistribution des compétences en attendant un nouvel acte de la décentralisation qui permettra d’alléger le mille-feuille. Au rythme où nous progressons, cela constituera, j’en ai peur un sujet encore d’actualité ! Vous n’affichez aucune ambition, aucune pensée volontariste à ce propos. Mais peut-être est-il trop difficile pour votre majorité régionale de se poser ces questions et d’essayer d’y répondre !

Quelle est la vision du Conseil Régional sur notre situation, quelle est son intention, quel est son projet ? La lecture de votre littérature n’apporte pas de réponse à ces 3 questions fondamentales.

Je note cependant une affirmation prospective sur le site internet : "la stratégie 2040 sera votée le 8 novembre". Un peu plus de mesure serait bienvenue. Lors de la dernière session, sur les transports, l’opposition s’était émue d’une affirmation aussi péremptoire avant même le vote. La réalité politique était d’ailleurs venue la contredire.

En synthèse, vous vous êtes livré à un exercice préélectoral otage d’une pensée unique écologiste. Un exercice non financé et qui ne peut s’inscrire dans les déséquilibres budgétaires actuels. Et surtout un exercice hors réalité qui ne peut être qualifié de prospective mais plutôt de rêverie politicienne. J’en veux pour symbole la totale omission de "Notre-Dame-Des-Landes" dans les 48 pages de votre rapport.

Soyons clairs votre rapport n’est ni plus ni moins qu’une nouvelle opération électorale en vue de 2015 qui est habilement présentée avant l’ouverture des comptes de campagne de mars prochain. Mais la réalité est qu’il devrait y être intégré.

Cependant, je l’ai dit, la critique la plus vive que l’on peut apporter à votre démarche ne figure pas dans ce rapport ; mais dans sa forme, son coût et sa discussion dans une période trop sensible, pour être comprise par nos concitoyens. Ils vous demandent de l’action et non du rêve.

François PINTE, Président du Groupe UMP Région Pays de la Loire